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Marseille Panthers : l’égalité comme sport collectif

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English version below

« Sur le terrain, j’ai appris à prendre ma place. » Quand Mimi était encore adolescente, elle descendait jouer au ballon en bas de chez elle, seule fille parmi des garçons plus âgés. « Au début, c’était difficile… mais après, je me suis vite intégrée », raconte-t-elle.

Mimi grandit entourée de ses frères et du city-stade du quartier. Confrontée très jeune à des matchs au rythme intense et à des joueurs souvent plus âgés qu’elle, elle apprend rapidement à s’imposer et à trouver sa place. Cette expérience forge très tôt son rapport au jeu et à la compétition.

Elle passe ensuite par l’Olympique de Marseille, où elle poursuit son apprentissage en club, avant de rejoindre les Marseille Panthers. Là, elle découvre un espace où elle peut jouer librement, notamment avec son voile, une liberté qui n’est pas permise dans les cadres plus institutionnels de la FFF. « Je suis grave à l’aise, je peux jouer comme je veux », explique-t-elle. Encouragée et entourée par l’équipe, elle évolue sur un terrain où la question de la légitimité s’efface au profit du collectif.

À Marseille, où le football est omniprésent, cette trajectoire est loin d’être anodine. Portée par l’héritage de l’OM, la ville vit au rythme du ballon rond. Pourtant, les femmes ne représentent qu’environ 10 % des licencié·es selon la Fédération Française de Football. Entre manque d’accès, coût des clubs et sentiment d’illégitimité, beaucoup peinent encore à trouver leur place.

C’est précisément ce vide que viennent combler les Marseille Panthers. Comme Mimi, de nombreuses joueuses y trouvent un espace inclusif, accessible et collectif : une alternative aux structures traditionnelles. Salomé résume cet état d’esprit : « tout le monde est bienvenu, peu importe ton niveau, peu importe ton genre ».

Offrir à des joueuses comme Mimi, Salomé ou Naïda des espaces pour pratiquer le sport a été le point de départ de la mission du collectif. Son fondateur, Nadji Nehari, en a fait le constat très tôt : « C’était juste des filles de mon quartier qui voulaient faire du sport, mais c’était trop cher, trop loin, et dans les cités, il n’y avait que des garçons. »

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Qu’est-ce que Marseille Panthers veut montrer au monde aujourd’hui ?

Nadji Nehari : À la base, ce n’était même pas une association. C’était juste une idée née dans le quartier : comment permettre à des filles de jouer ? On est allé·es au city stade le plus proche, et on a négocié avec les garçons pour qu’elles puissent prendre leur place. Puis on s’est rendu compte que ce problème n’était pas seulement local : il existait partout. Aujourd’hui, ce qu’on veut montrer, c’est simple : peu importe ton origine ou tes moyens, une fille a autant le droit de faire du sport que n’importe qui.


Ce positionnement a surpris au début ?

NN : Oui, énormément. Déjà parce qu’on vient des quartiers populaires. Les gens étaient surpris de voir des personnes comme nous porter des sujets liés à l’égalité ou au féminisme. Et puis il y avait aussi cette question : pourquoi un mec fait ça ? Alors que pour moi, ce n’était pas une question de féminisme au départ, c’était juste logique d’aider. Mais ça a ouvert des discussions et fait bouger les lignes.


Qu’est-ce que tu veux que les gens retiennent après une session avec vous ?

NN : Qu’iels déconstruisent certaines idées reçues. Que les femmes comprennent qu’elles sont légitimes dans le sport. Parce qu’aujourd’hui encore, beaucoup d’entre elles pensent que ce n’est pas pour elles, ou que ce n’est pas une priorité. On le voit dans les familles : un garçon qui joue au foot est soutenu, accompagné. Une fille, souvent, se débrouille seule. Nous, on veut changer ça et montrer que le sport peut apporter confiance en soi, autonomie et développement personnel.

Salomé : Pour moi, le sport m’a vraiment appris à prendre confiance en moi, à m’ouvrir aux autres aussi et à partager des moments en collectivité.


Le collectif a beaucoup grandi. Comment ça s’est structuré ?

NN : Très naturellement. On a commencé par le foot, parce que c’est une religion à Marseille. Ensuite, on a lancé le running, parce que c’est un sport accessible, qui apporte une satisfaction et un bien-être immédiats. Ça ne demande aucune infrastructure spécifique. Voir des filles courir leur premier 10 km, porter un dossard avec leur prénom, c’est hyper fort. Et maintenant, on développe la boxe, portée par une membre du collectif, qui est aussi coach. Les choses se font progressivement, au fil des rencontres et des occasions qui se présentent.

Il y a aussi une dimension éducative et sociale très forte…

NN : Oui, clairement. Le club, ce n’est pas que du sport. On essaie d’ouvrir des perspectives. Dans les quartiers populaires, il y a parfois des trajectoires toutes tracées, surtout pour les filles. Nous, on veut leur montrer que rien n’est impossible. Certaines se sont engagées en politique, d’autres dans des projets artistiques. Une est devenue championne de France d’éloquence. Ce sont des parcours incroyables.

Salomé : Un moment m’a beaucoup marqué. On était quinze personnes, majoritairement des femmes, à courir leurs 10 kilomètres pour la première fois. C’était trop bien de voir qu’elles étaient fières d’elles.

Naïda : Ouais, cette symbiose de femmes, c’était trop bien.

Est-ce que le combat est gagné aujourd’hui ?

NN : Pas du tout. Il reste énormément de choses à faire. Déjà, il y a un travail psychologique : beaucoup de filles n’osent pas, pensent ne pas avoir le niveau et s’auto-censurent. Ensuite, il y a la société : les inégalités sont encore très présentes. Quand on organise un tournoi masculin, c’est complet en deux jours. Pour les femmes, c’est beaucoup plus compliqué. Il faut continuer à créer des espaces, des modèles et donner confiance.

Mimi : Quand je jouais dans un club de garçons, il y avait de la discrimination au début… Mais sur le terrain, quand ça matchait, ça disparaissait.

Quelle est la prochaine étape pour Marseille Panthers ?

NN : Continuer à rendre le sport inclusif, mais aussi pousser vers la performance. On ne veut pas tomber dans le cliché : « ce n’est pas grave si tu n’es pas forte ». Les filles peuvent être ambitieuses, compétitives, professionnelles. On travaille aussi sur la réappropriation du féminisme, notamment pour les filles des quartiers, qui au départ ne se sentaient pas concernées. Aujourd’hui, elles comprennent que ce combat est aussi le leur.


ENGLISH

Panthers

Mimi remembers first playing football as an adolescent on a Marseille housing estate, where football is part of everyday life. She grew up surrounded by her brothers, and was determined to join the older boys on the neighbourhood sports court. “At first it was hard, but I quickly found my place,” she says.

Playing against boys forced her to adapt quickly to the pace and physical intensity of the game, shaping her skillset and experience from a young age. Yet this wasn’t necessarily by choice - it was because she simply had no other alternative.

She honed her skills to earn a place on the prestigious Olympique de Marseille, one of France’s most important league clubs. Yet it was an environment where she was obliged to remove her hijab, and where she struggled under the rigid rules of France’s discriminatory institutionalised football structures.

Then she found Marseille Panthers.

Founded by Nadji Nehari in 2021, the team was set up to level the playing field and create opportunities for women - from diverse backgrounds, ethnicities and faiths - to feel safe and supported in a sporting background.

Nadji never thought it would grow into the multi-sport organisation that it is today, which now boasts over 300 members taking part in basketball, football and running at different levels.

“Originally, it was just for girls from my neighbourhood who wanted to play sport, but it was too expensive, too far away, and in the housing estates [sports grounds] there were only boys,” he explains.

In Marseille football is everywhere, shaped by the towering presence of Olympique de Marseille - which has one of the most dedicated fanbases in all of Europe. The city lives and breathes the game. Yet women still account for only around 10% of licensed players according to the French Football Federation. Between limited access, the cost of club memberships, and a persistent sense of not belonging, many still struggle to find their place.

It is precisely this gap that the Marseille Panthers aim to fill. Like Mimi, many players find in the team an inclusive, accessible and collective space - an alternative to traditional structures. Providing players like Mimi with spaces to practice sport was the starting point of the collective’s mission.

Below, we talk to Nadji alongside Panther players Mimi, Salomé and Naïda about how far Panthers have come - but why their mission is far from over.

What do Marseille Panthers want to show the world today?

Nadji Nehari: At the beginning, it wasn’t even an organisation. It was just an idea that came from the neighbourhood: how do we make space for girls to play? We went to the nearest pitch and spoke with the boys so the girls could have their place.

Then we realised this wasn’t just a local issue - it was everywhere. Today, what we want to show is simple: no matter your background or your means, girls have just as much right to play sports as anyone else.

Did that approach surprise people at first?

NN: Yes, a lot. First, because we come from working-class neighbourhoods. People were surprised to see people like us addressing topics like equality or feminism. And there was also this question: why is a guy doing this? For me, it wasn’t about feminism at first - it just made sense to help. But it sparked conversations and started shifting mindsets.

What do you want people to take away from a session with you?

NN: That they challenge their assumptions. That women understand they belong in sports. Even today, many still feel like it’s not for them, or not a priority. You see it in families: when a boy plays football, he’s supported and encouraged. Girls are often left to figure it out on their own. We want to change that and show that sport can build confidence, independence, and personal growth.

Salomé: Sport really taught me to believe in myself, to open up to others as well, and to share moments as a community.

The collective has grown a lot. How did it develop?

NN: Very organically. We started with football because it’s like a religion in Marseille. Then we launched a running club, because it’s accessible and brings immediate satisfaction and well-being. You don’t need special infrastructure. Seeing girls run their first 10K, wearing a bib with their name on it - that’s powerful. And now we’re developing boxing, led by a member of the collective who is also a coach. Everything grows naturally, through encounters and opportunities.

There’s also a strong educational and social dimension…

NN: Definitely. The club isn’t just about sport. We try to open up possibilities. In working-class neighborhoods, there are often predefined paths, especially for girls. We want to show them that nothing is impossible. Some have gone into politics, others into artistic projects. One became a national public speaking champion. These are incredible journeys.

Salomé: One moment really stayed with me. There were fifteen of us, mostly women, running their first 10 kilometres. It was so great to see how proud they were of themselves.


Naïda: Yeah, that sisterhood among women was just so wonderful.

Is the fight won today?

NN: Not at all. There’s still so much to do. First, there’s a psychological barrier: many girls don’t dare, they think they’re not good enough and hold themselves back. Then there’s society - inequalities are still very present. When we organise a men’s tournament, it fills up in two days. For women, it’s much harder. We need to keep creating spaces, role models, and building confidence.

What’s next for Marseille Panthers?

NN: To keep making sport more inclusive, but also to push for performance. We don’t want to fall into the cliché that “it’s okay if you’re not good.” Girls can be ambitious, competitive, professional. We’re also working on reclaiming feminism, especially for girls from working-class neighbourhoods who didn’t feel concerned at first. Now they understand that this fight is theirs too.

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